Peter Pohl -- Biographie

(Traduit du suédois par Michaela Châteaux -- les noms de titres, à part Jan, mon ami, sont traduits mot à mot par la traductrice comme les autres livres ne sont pas encore, en 2004, parus en français)

Vous êtes de plus en plus nombreux à me demander qui je suis et pourquoi j’écris et d’autres choses encore, c’est pourquoi je me suis décidé à mettre en œuvre une réponse à de telles questions. Celui qui ne peut pas me joindre via internet peut m’écrire (de préférence en anglais) à mon domicile, Peter POHL, Häggvägen 2, 13552 TYRESÖ, SUEDE, afin que je puisse vous envoyer ceci par courrier ordinaire. Cela dit, il vous semble peut-être un peu triste et impersonnel de recevoir une telle réponse, mais je n’ai tout simplement plus le temps de faire connaître des faits sur moi-même d’une manière agréable et personnelle. J’espère que personne ne le prendra mal. Le temps que je gagnerai de cette manière, j’espère le mettre au profit de mes futurs livres. En effet, je suis presque toujours occupé à écrire un ou plusieurs manuscrits, et ce genre de choses prend du temps.

Ecrire, je le fais pendant mes loisirs ; ma profession c’est professeur : je suis enseignant à l'Ecole Royale Supérieure Polytechnique à Stockholm, où j’enseigne dans les disciplines d'analyse numérique, mathématique et informatique -- des matières qui s’occupent des mathématiques pratiques, des calculs et des contrôles de résultats sur ordinateur -- des connaissances en multimédia et programmation sont donc inclues dans la matière. Je fais ceci depuis 1966.
 J’ai peut-être commencé dans le mauvais sens de la description. C’est mieux comme ça :
 

Peter 1947 Peter 1957 Peter 1967
1947
1957
1967
Peter 1977 Peter 1987 Peter 1997
1977
1987
1997
 
Je suis né 1940 en Allemagne. Pendant la guerre -- la Deuxième Guerre mondiale -- qui faisait alors rage, mon père est mort. A la fin de la guerre, ma mère, qui était suédoise, m’a emmené en Suède. C’est ainsi que j’ai grandi ici. J’avais quatre ans quand je suis venu, et j’ai vite appris à parler suédois -- lorsque j’ai commencé l’école en 1947, personne ne pouvait entendre que le suédois n’était pas ma langue  maternelle. J’étais doué dans les matières scolaires, ainsi, c’est naturellement que je poursuivis mes études au lycée. Je suis entré dans l’établissement Södra Latin, où je suis resté huit ans, jusqu’au baccalauréat. C’était surtout les maths et la physique qui étaient mes matières fortes, mais j’ai également eu de bonnes notes en Suédois. Je m’intéressais au sport et me consacrais à la course, j’étais un coureur de demi-fond et j’ai eu de bons résultats et placements avant d’arrêter de courir à l’âge de 19 ans. Comme, jeune, j’ai passé mes vacances dans la colonie de vacances pour les élèves de l’établissement, je me suis intéressé très tôt aux questions portant sur les jeunes. J’ai commencé en tant que moniteur à l’âge de 15 ans et j’ai continué cette tâche jusqu’à l’âge de 30 ans, en 1970 donc.
      Après avoir passé mon bac et effectué mon service militaire, j’ai poursuivi mes études en maths et en physique à l’université. J’en suis vite venu à bout. J’ai débuté ma carrière en tant qu’assistent de chercheur à l’Etablissement de Recherches de la Défense en 1963, je suis ensuite passé ingénieur de recherches, mais je m’en suis vite lassé et me suis tourné vers l’enseignement et les recherches à l'Ecole Royale Supérieure Polytechnique, où j’ai poursuivi mes études et où, en 1975, j’ai passé mon doctorat en analyse numérique.
      A côté de ça, j’ai toujours écrit. Déjà, à l’âge de six ans, je cherchais à trouver les mots justes pour quelque chose que je voulais raconter ou me rappeler. Il y avait beaucoup de choses que je voulais raconter, beaucoup de choses que je me suis décidé de ne jamais oublier. C’était donc naturel de noter ces choses ou les idées qui venaient à moi lorsqu’il se passait quelque chose. Ce que j’écrivais, c’est peut-être ce que l’on appelle communément « journal intime » ou livre de pensées. Quel que soit le nom qu’on lui donne, il y eu beaucoup d’écrit au fil des années, parce que je n’ai jamais arrêté cette occupation.
      Quand j’étais petit, il y avait un tas de gens qui disaient que je serai certainement écrivain à cause de l’acharnement que je mettais dans cette occupation. Et j’avais moi-même de telles espérances. Mais comme je lisais beaucoup, je vis quand j’étais un peu plus âgé que ce que j’écrivais n’était pas du tout à la hauteur. Je n’avais pas besoin de demander conseil à quelqu’un, je voyais bien moi-même que les mots que j’essayais de faire sortir du stylo ne s’approchaient même pas de ce que j’avais en tête. De temps en temps, j’essayais de faire une réécriture améliorée de quelque chose que j’avais écrit quelques années auparavant. Mais ce n’était pas mieux.
      Depuis l’âge de 13 ans, je me suis beaucoup occupé avec la photographie. J’avais l’impression de trouver une autre réalité derrière l’appareil photo, et en grandissant je faisais de plus en plus de tentatives pour décrire cette chose étrange que je voyais. Mais j’étais aussi mécontent de ce que mes photos exprimaient que de mes tentatives littéraires.
      Juste avant mes 40 ans, j’ai eu l’idée de combiner ces deux intérêts, et j’ai ainsi commencé à faire des films. J’ai bien réussi et ai reçu divers prix et éloges et je pensais moi-même que j’avais finalement trouvé le bon moyen de m’exprimer. C’est en faisant des films que j’ai appris l’art de soulever mes pensées afin de les rendre claires aux autres. Dans cet art, il s’agit essentiellement d’oser être honnête et sincère, quelque chose que je n’avais peut-être pas compris avant.
      Je sentais que je n’étais pas capable de filmer un bon nombre des choses que j’avais envie de raconter, ce qui fait que je suis retourné à l’écriture. Dès alors, ça marchait : j’avais, au travers du moyen d’expression des films, trouvé mon style. En 1983, j’ai participé à un atelier d’écriture, « Ordfronts författarverkstad »  et j’ai alors constaté que mon style marchait. Pour conclure cet atelier, j’ai sorti du tiroir une vieille histoire des années cinquantes que j’ai époussetée et remaniée. Mes camarades de l’atelier d’écriture étaient très enthousiastes et m’ont encouragé à poursuivre, et en 1985, j’ai débuté  en tant qu’écrivain avec Jan, mon ami (Janne, min vän).
      Au mois de septembre 1985, j’étais un peu déçu par le fait que le monde n’ait pas porté mon livre aux nues, mais je n’avais pas le temps d’y réfléchir car j’avais déjà rendu le manuscrit suivant à la maison d’édition, L’Arc-en-ciel n’a que huit couleurs (Regnbågen har bara åtta färger) et j’écrivais déjà sur un autre livre encore, Appelons-le Anna (Vi kallar honom Anna). Mais, courant printemps 1986, l’attention commençait à se porter sur Jan, mon ami. J’ai alors reçu le prix du premier roman de Litteraturfrämjandet et la plaquette de Nils Holgersson, une distinction dont je ne comprenais pas à quel point elle était prestigieuse avant de réaliser quelle palette d’écrivains l’avait reçu avant moi.
       Les deux livres précités ont été publiés en automne 1986 et 1987. L’Arc-en-ciel n’a que huit couleurs (Regnbågen har bara åtta färger), qui est sorti en tant que « roman d’adulte », n’a vraiment pas fait beaucoup de bruit et lorsque il en a fait, c’était dans des tournures assez grincheuses. J’y raconte les années immédiatement après mon arrivée en Suède. Comme le texte est assez proche de moi-même, j’ai été péniblement affecté de l’indifférence avec laquelle le livre a été reçu.
       Les réactions étaient plus vives concernant Appelons-le Anna, où je raconte une année à la colonie de vacances de Södra Latin et ma dernière année à l’établissement Södra Latin. Il raconte entre autre l’histoire de Anders (surnommé Anna) qui est persécuté et brutalisé au point de l’amener à se suicider.
       Je ne me suis guère intéressé aux discussions concernant l’aptitude des jeunes à lire ce roman parce que j’étais déjà en train d’écrire la suite de L’Arc-en-ciel n’a que huit couleurs. Il y a une lacune de neuf ans entre ce livre-là et Nous l’appelons Anna, et il y avait là matière à écrire. Le temps nous avait effectivement rattrapé, mon écriture et moi. Des gens me contactaient et je me suis vu impliqué de telle façon dans le présent que j’ai dû arrêter ce que je faisais et, indigné, j’ai commencé à écrire Toujours cette Anette-là! (Alltid den där Anette!), paru en 1988. C’est une critique scolaire qui a lieu dans le présent. J’ai vite remarqué que ce n’était pas du tout la même chose de critiquer le présent que de critiquer des choses ayant eu lieu il y a vingt ou trente ans. J’ai été obligé de changer de maison d’édition afin de voir le livre publié, et le livre lui-même a été très raccourci lorsqu’il est enfin paru.
      De plus, le silence régnait autour d’un court roman que j’avais fait publier la même année, L’Océan à l’intérieur de nous (Havet inom oss), qui traite du destin tragique d’une femme, que j’ai pu constater, que je voulais absolument raconter. Je l’avais également raconté quelques années auparavant dans un film, Le Voyage à la mer (Resan till havet).
     La suite n’est qu’une énumération de titres de livres, et je crois que n’importe qui peut trouver cette partie-là de moi-même dans n’importe quelle bibliothèque.

Et puis encore quelques réponses à des questions qui me sont souvent posées :
       J’écris principalement sur ordinateur, donc avec traitement de texte, mais je n’ai pas de problèmes en ce qui concerne d’écrire à la main lorsque c’est nécessaire. Cependant, le traitement de ce que j’ai écrit, je le fais toujours sur ordinateur. Je peux passer une nuit entière sans pause à écrire lorsque je me sens pour. Je suis tout aussi capable d’écrire sur un court moment, une heure, ou bien en fonction du peu de temps que j’ai à ma disposition. Je n’ai pas de problèmes pour commencer à écrire ; je n’ai pas besoin, à l’inverse de certains écrivains, de me reprendre, de réfléchir, me changer ou boire du café, et ainsi laisser le temps couler. Je rassemble probablement cette force inconsciemment lorsque je suis écarté de l’écriture par mon travail de professeur.
       Je ne commence jamais un livre sans savoir comment je vais le terminer. Là, j’ai un plan (en tête ou noté) pour l’action. La plupart du temps, j’écris les passages qui me passionnent le plus d’abord, pour ensuite les mettre en ordre et remplir les lacunes. Il m’est cependant arrivé une fois ou deux d’écrire un livre d’un bout à l’autre. Peu importe la manière dont le livre est conçu, je consacre un temps fou à relire et retravailler le manuscrit : rajouter ou enlever des choses et améliorer les formulations. J’accorde justement beaucoup d’importance aux formulations, c’est-à-dire réussir à exprimer ce que je voulais dire. Durant ce travail-là, je ne pense pas à un lecteur en particulier. J’ai l’habitude de dire (ce qui est vrai, d’ailleurs) que j’écris pour moi-même, pour le garçon que je fus et qui allais à la bibliothèque afin de trouver Le livre qui m’expliquerait l’Existence. Je me moque donc de savoir si ce que j’écris sera un livre pour jeunes ou pour adultes, ça, c’est à l’éditeur d’en décider.
       Comme vous avez peut-être pu le constater, je trouve mon inspiration et le matériel pour écrire dans la réalité. Mes journaux intimes, mes bloc-notes et mes tentatives d’écritures antérieurs sont un puits très riche dans lequel je puise lorsque je raconte le passé. Evidemment, je retravaille bien ce matériel, mais je n’ai pas besoin d’inventer beaucoup de choses, me semble-t-il.
       J’ai encore un tas de choses à raconter, mais je ne pense pas pour autant arrêter mon travail à l'Ecole Royale Supérieure Polytechnique à Stockholm. Je pense qu’il est important pour moi en tant qu’écrivain de participer à la vie de tous les jours, de voir et d’entendre des hommes vivre. Et une ou deux choses dans cette vie de tous les jours m’inspirent bien à écrire d’autres choses. Le livre On se démène  (Man har ett snärj) est l’un de ces livres ; cette histoire-là, je ne l’aurais jamais trouvée si j’étais resté enfermé dans mon bureau d’écriture.
         J’ai arrêté de filmer lorsque j’ai trouvé mon style littéraire. Le dernier film que j’ai réalisé, en 1991, Ce sera mieux la prochaine fois (Det blir bättre nästa gång), a eu beaucoup de succès, en particulier à l’étranger. Mais il n’y aura probablement pas de « prochaine fois ».
        Je vis depuis 1969 dans une maison à Tyresö, au sud de Stockholm, avec ma femme et ma fille (née en 1972), ainsi qu’un nombre changeant de chats et de chiens (actuellement un seul chat). Je conduis une Volvo, mais je préfère les transports en commun puisque cela m'apporte bien plus de contact avec les gens qui m'entourent. Je lis beaucoup de littérature spécialisée ainsi que des romans (mais je ne peux, pour l’instant, nommer d’écrivain préféré), je vais au ciné ainsi qu’au théâtre, écoute de la musique. Je fréquente des gens et fais du sport pendant le temps libre que je n’emploie pas à l’écriture, ce qui occupe pourtant la majeure partie de mes loisirs.
 J’aime autant tous les livres que j’ai écrit. J’ai pas mal commenté quelques-uns d’entre eux. Vous pouvez trouver un certain nombre de ces commentaires par les liens dans la bibliographie.
Merci pour votre intérêt !
       Peter Pohl .